Date : 30/04/2014 09:55
Pierre PALIARD, Un art vietnamien : penser d’autres modernités. Le projet de Victor Tardieu pour l’école des Beaux-Arts de L’Indochine à Hanoi en 1924
Paris, Ed. L’Harmattan, 2014 B1715

La parution de ce livre vient, à sa manière animer l'année croisée France-Vietnam.

L’auteur précise en 4éme de couverture « L’école des beaux-arts sera considérée dans toute l’historiographie du XXème siècle comme le lieu où sont formés les premiers artistes de la modernité vietnamienne ».

En 126 pages l’auteur présente :

* Le contexte historique de cette création ; « l’âge d’or » de la colonie mais aussi en 1930 à la sortie de la 1ère promotion, « les évènements » de Yen Bai.

* La biographie et la personnalité de Victor Tardieu, qui découvre un pays, une culture au moment même où il cherche un nouveau souffle pour sa propre création. La rencontre avec Nguyen Van Tho dit Nam Son (1890-1973) lui donnera ce souffle, mais orienté vers la détermination commune pour créer cette école. Et l’on devine, au delà de ce projet partagé, une belle rencontre humaine.

* Un large tour d’horizon sur l’art en Asie du Sud-Est ancré dans une longue période et les influences réciproques avec l’art occidental.

Puis il discute avec minutie et de manière documentée la notion de modernité. Modernité au Vietnam : les tentatives de « synthèse », l’appropriation de nouvelles matières, l’infléchissement des motifs, notamment une analyse subtile de la figure féminine. On découvre que la peinture sur soie n’est pas une tradition vietnamienne.

Ce décorticage aboutit à la déconstruction de la notion de modernité d’un point de vue général, « au fond, on pourrait soutenir que loin d’être exceptionnels les emprunts et les « synthèses » sont des plus communs. Loin d’être miraculeux, ils sont plutôt la norme des rapports interculturels » (p.62). Et de citer Jean-Christophe Bailly : « J’ai reconnu la beauté antique dans les danses cambodgiennes…je reconnus la beauté cambodgienne à Chartes »…

Voici un livre précieux. Parce qu’il s’efforce d’asseoir la création dans la durée et dans un moment donné, dans un territoire avec ses traditions et la confrontation avec d’autres, singulièrement, de tenir compte des motivations sociales et intimes de Victor Tardieu, ce livre effrite quelque peu « l’historiographie du XXème siècle », appelle à la discussion, à l’approfondissement, au croisement des idées.

NB. On notera la présentation intégrale en annexe des échanges entre Victor Tardieu et un contradicteur que l’on recommandera de lire avant de commencer le corps du texte.

Muriel Vaillant