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COMMUNIQUE DU
CID-VIETNAM

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CID-VIETNAM
Communiqué
du 20 octobre 2009


COMMUNIQUE

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Au FOYER VIETNAM
80 rue Monge
75005 PARIS
(métro : Place Monge)

FOYER VIETNAM

Le Foyer Vietnam
80 rue Monge - 75005 Paris

Un lieu de rencontres, d’échanges, de découvertes

Ouvert à tous ceux qui veulent découvrir le Vietnam, le Foyer Vietnam propose un lieu associatif convivial et pluriculturel.

Vous pouvez y découvrir des expositions, des animations musicales; consulter des livres et journaux en français et en vietnamien mis à disposition par le CID VIETNAM...



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Date : 09/05/2016 09:30
Intervention lors de la cérémonie de célébration de la réunification nationale - Ambassade de la République socialiste du Viêt Nam, 28 avril 2016 - Alain Ruscio

Lorsque son excellence, M. l’ambassadeur de la République socialiste du Viêt Nam en France, M. Nguyen Ngoc Son, m’a demandé de bien vouloir intervenir ce soir, je me suis interrogé. Que me valait cet honneur ? Était-ce un hommage rendu à un, « parmi des millions d’autres », comme chantait Jean Ferrat, à un des combattants pour la paix de la génération 68 ? Car « combattant » fait inévitablement penser à « ancien », même si ce qualificatif est plus qu’honorable. Cela me rappelle donc que j’aborde en ce moment aux rives de la vieillesse. Mais, après tout, la vieillesse, au Viêt Nam, est un signe de sagesse. Donc, j’assume.

Ou est-ce à un ami qui, depuis 1978, se rend régulièrement dans ce pays, l’a vu si pauvre, si démuni, et le voit aujourd’hui si dynamique, engagé, au milieu de mille contradictions et au prix d’inégalités sociales, sur la voie de la prospérité ?

Alors, oui, je peux témoigner.

Que j’ai vu ce peuple avoir faim en silence, porter de pauvres vêtements un peu usés, traverser les rues des villes et des villages sur des bicyclettes rafistolées et grinçantes. Mais aussi que, pour tempérer tout cela, j’ai vu les files d’enfants se diriger vers les écoles, les médecins vietnamiens se dépenser sans compter, les chercheurs de l’Institut Pasteur travailler avec un matériel obsolète et, malgré tout, parvenir à des résultats…

Alors, oui, je peux témoigner.

Que j’ai vu ce peuple sorti de 30 ans de guerre, replongé au printemps 1979 dans le drame d’un nouveau combat contre des hommes qui se prétendaient la veille encore ses frères, assailli au sud par les Khmers rouges, au nord par le grand voisin, dénoncé, isolé sur la scène internationale. Et sortir de ce nouveau drame par le haut.

Alors, oui, je peux témoigner.

Que le peuple vietnamien n’a cessé aux pires moments, de sourire, de chanter, de rire, du vendeur de Pho dans la rue, du petit can bô aux dirigeants, les fils préférés de l’oncle Ho, Pham Van Dong et Vo Nguyen Giap, que j’ai alors régulièrement rencontrés.

Un jour, en une phrase, prononcée par un de mes chers amis vietnamiens, aujourd’hui décédé, que nous appelions affectueusement le « Vieux crabe », j’ai compris la « rage d’être Vietnamien », comme l’avait bien titré Jean-Claude Pomonti. Le « Vieux crabe », Dong Sy Hua, c’était son nom, me dit :
Nous sommes en train de passer de la misère à la pauvreté.

Pour ce peuple imprégné d‘histoire, tout était dans le mouvement.

Et le mouvement ne s’est pas arrêté.

Mais nous sommes ici pour évoquer le 30 avril 1975 et la réunification du pays qui s’ensuivit, un an plus tard.

Il est fréquent d’utiliser, pour évoquer les guerres sur la terre vietnamienne, l’expression « la plus longue guerre du siècle ». Formule difficilement contestable. C’est l’occasion pour nous, Français, de rappeler que c’est notre pays – ou, pour être plus précis, le colonialisme qui régnait alors chez nous – qui a été à l’origine de ce drame. Faut-il rappeler septembre 1945, l’attaque contre le Comité du Nam Bo à Saigon, le voyage avorté de Ho Chi Minh en France durant l’été 1946, à la recherche d’interlocuteurs qui, tous, se défilèrent, puis, en novembre de la même année, le bombardement de Haiphong ? C’est à ce moment-clé qu’a commencé le drame du Viêt Nam, et je ne peux ici parler de ces épisodes sans avoir une pensée émue pour notre cher Philippe Devillers, qui nous a quittés cette année, et qui a tant contribué dans ses ouvrages à éclairer cette genèse.

Ensuite, tout s’est enchaîné, les maquis isolés, les soldats va-nu-pieds de 1947 face à l’armée française, la montée en puissance jusqu’à Dien Bien Phu, puis Genève et la trahison des accords. Cette guerre du Viêt Nam, dite « seconde » – mais je fais partie des observateurs qui estiment qu’il n’y a eu qu’un seul conflit, avec certes de courtes pauses – était inscrite dans cette violation cynique d’un accord international, à l’initiative, déjà, de Washington, avec la complicité de Paris, et dans le silence coupable de Pékin et de Moscou.

Trente ans de guerre, donc, de 1945 à 1975.

Enfin vint le 30 avril 1975. Cet épisode peut être valablement qualifié d’historique, bien que le mot soit galvaudé.

Historique, ce jour le fut sans aucun doute pour les principaux protagonistes. Pour le Viêt Nam, ce fut la première fois, depuis cent-vingt années, que la totalité du pays était libre de toute emprise étrangère. Pour les États-Unis, cette défaite, la première de cette ampleur dans leur histoire nationale, fut durablement traumatisante. Mais la signification profonde de l’événement dépassa largement ce cadre bilatéral. La plus grande puissance militaire, économique et politique du XXe siècle s’était révélée incapable, malgré les moyens énormes employés, de briser un mouvement populaire, soutenu par l’opinion mondiale et bénéficiant de l’aide des pays socialistes de ce temps.

Certes, l’évolution des relations internationales, rapide, qui suivit, ne confirma pas l’optimisme de ce printemps-là. Il n’empêche. Le monde n’était plus tout à fait le même avant et après la victoire du Viêt Nam.

Mais cette victoire, le peuple vietnamien l’a payée très cher.

Au nord du pays, plus de 4.000 communes, sur 5.778, ont connu à un moment ou à un autre, souvent plusieurs fois, des bombardements. Sur les 30 capitales provinciales, 28 avaient été atteintes. 3.000 écoles, 500 hôpitaux, des dizaines de milliers d’habitations, d’édifices divers, avaient été détruits, totalement ou partiellement. Au sud, les campagnes avaient souffert, énormément souffert. Partout dans le pays, les champs, les rizières, les forêts, étaient truffés de bombes non explosées. Et que dire alors des défoliants, qui ont empoisonné la terre de ce pays, comme titre l’ouvrage de notre amie Tran To Nga, cet être humain d’exception, cette femme si courageuse qui attaque en ce moment en justice les sociétés américaines responsables ?

En 1975, il fallait faire face à tout, et vite. Or, ce Viêt Nam, magnifié – peut-être trop – par ses amis, était pauvre, très pauvre.

Les années qui suivront seront cruelles…

Ce fut le temps de l’isolement. Un monde capitaliste hostile (le blocus américain mesquinement revanchard, l’hostilité française brisée seulement par le voyage du président Mitterrand en 1993), un voisin du nord agressif, tentant en permanence d’empiéter sur le territoire terrestre et maritime, un Comecon en déliquescence, puis une Union soviétique et des pays socialistes d’Europe de l’est, alors seuls alliés, s’effondrant… Le Viêt Nam s’est trouvé comme en état de suspension. Et les relations internationales ont horreur du vide. À la croisée des chemins, l’État vietnamien devait choisir : un isolement qui n’eût pas été splendide, ou une acceptation réaliste, qui signifiait ipso facto l’intégration dans la mondialisation. Pressentant cette situation, il fit ce choix dès 1986, le renouveau, le Doi Moi. C’est de ce temps-là que date le nouveau départ, vers la croissance, vers une certaine prospérité, au prix, je l’ai dit, de nouvelles contradictions et, pourquoi le nier, de tensions sociales d’un côté, de corruption – la presse vietnamienne fourmille de ce mot – de l’autre.

Nous, les amis du Viêt Nam, sommes toujours là, à ses côtés, débarrassés désormais du romantisme des années de la guerre, de l’idéalisme des formules toutes faites, attentifs au nouveau, à l’écoute des voix désormais diverses qui montent de la société vietnamienne. Pourquoi le cacher ? Nous sommes souvent étonnés, déroutés, parfois irrités, par telle ou telle chose vue en ce Viêt Nam du début du XXIe siècle. Mais nous sommes fidèles à une idée qui nous a toujours guidés : nous sommes des amis – j’ajoute : des frères – du peuple vietnamien. Mais nous ne sommes pas le peuple vietnamien. C’est à lui de choisir sa route. C’est d’ailleurs ce qu’il a toujours fait, sans demander d’autorisation à quiconque. C’est ce qu’il est en train de faire.

Je vous remercie.

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