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CID-VIETNAM
Communiqué
du 20 octobre 2009


COMMUNIQUE

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FOYER VIETNAM

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Date : 18/02/2015 09:30
HENRI MARTIN ET LE VIETNAM : UNE LONGUE FIDÉLITÉ
Alain RUSCIO *

* Historien, spécialiste de l’histoire de l’Indochine coloniale, auteur de Henri Martin et la lutte pour la paix au Vietnam, Paris, Éd. Le Temps des Cerises

Henri Martin, qui restera pour toute une génération « le marin de la liberté », qui mit sa vie entière au service de la libération des peuples colonisés ou agressés, est décédé au petit matin, ce 17 février 2015. Une occasion de se souvenir… et de rester fidèle à ses combats.

Il arrive encore parfois au promeneur attentif, au hasard des rues de nos villes, de découvrir une vieille inscription à la peinture : « Libérez Henri Martin ! ». Les moins jeunes ont sans aucun doute gardé ce nom, enfoui dans un recoin de leur mémoire. Les autres, s’ils sont un tantinet curieux, se reporteront à un Dictionnaire à portée de main, et se demanderont : mais pourquoi diable avait-on emprisonné cet historien affable, Académicien de surcroît, du XIXe siècle ?

Non, c’est de notre siècle qu’il s’agit. Henri Martin ne fut pas historien, mais, à un moment, il a fait l’Histoire. Son nom évoque encore, pour beaucoup, une guerre mal connue, celle menée par la France en Indochine, entre 1945 et 1954, qui aboutit au lamentable épisode de Dien Bien Phu et au départ sans gloire d’une France restée colonialiste (et qui devait plonger dans un nouveau conflit, en Algérie, quelques mois plus tard).

L’Affaire Henri Martin ! L’incarcération d’Henri Martin ! Un temps, la France n’a parlé que de cela.

*
***

En 1945, lorsque le territoire métropolitain est à peine libéré, Henri Martin, jeune communiste dès 16 ans, maquisard FTP à 17, s’engage dans la Marine. Appelé en Indochine, il est persuadé qu’il va affronter les militaires Japonais. Mais, sur place, c’est une tout autre réalité qu’il découvre : les Japonais sont déjà désarmés, et les coups de feu sont échangés avec des maquisards autochtones, des Vietnamiens, comme on ne dit pas encore à l’époque. Henri Martin est présent en Cochinchine, lorsque la reconquête coloniale commence. Surtout, il est un témoin direct, en novembre 1946, de l’impitoyable bombardement français sur Haïphong, qui généralise le conflit. Dès lors, son opinion est arrêtée : il veut démissionner de la Marine et témoigner de ce qu’il a vu.

Las ! La Marine refuse sa démission. De retour en France, Henri Martin est affecté à l’Arsenal de Toulon. Qu’à cela ne tienne. Il est un citoyen. En uniforme, mais un citoyen. La campagne contre la guerre, que le PCF a tôt fait d’affubler de sale, bat son plein. En liaison avec la Fédération du Var, elle-même solidement contrôlée par André Marty, Henri Martin commence un travail d’intense propagande au sein même de l’Arsenal : distributions de tracts, inscriptions à la peinture etc. Ce qui devait arriver arrive : Henri est arrêté par la Police militaire, en mars 1950. En plus des motifs classiques, atteinte au moral de la nation, agitation politique illégale au sein de bâtiments militaires, l’accusation veut lui mettre sur le dos un acte de sabotage. Patatras ! Lors du procès, l’édifice s’écroulera, et Henri sera définitivement lavé de cette indignité par le Jury, pourtant militaire. Restera, donc, un procès politique, et seulement politique.

Car le cas Henri Martin est au croisement entre deux volontés. L’accusation, évidemment très liée au gouvernement, en ces temps de IVe République où l’indépendance de la Justice était plus que limitée, veut absolument affaiblir le PCF. L’appartenance d’Henri Martin au mouvement communiste, bien que non publique, ne fait guère de doute aux yeux des enquêteurs : c’est le Parti tout entier qu’il faut impliquer. A l’inverse, la direction du Parti s’interroge depuis quelque temps déjà : comment, après les difficultés de mobilisation devant le mot d’ordre de refus de fabrication, de transport et de chargement du matériel de guerre, trouver un autre angle d’attaque contre la guerre ? Comment éviter l’isolement d’une avant-garde activiste ? Comment faire partager par le plus grand nombre le rejet de la sale guerre ? Il faut cristalliser la lutte autour de cas emblématiques. En février 1950, déjà, une jeune militante communiste, Raymonde Dien, s’est couchée devant un train chargé de munitions à destination de l’Indochine. Elle est condamnée à un an de prison ferme. D’autres militants sont alors emprisonnés à Roanne, Marseille, Paris (dont toute la direction de l’UJRF), Charleville…

Pourtant, l’Affaire Henri Martin a tout pour être exceptionnelle. D’abord, la disproportion entre l’acte – une simple activité politique certes contraire au règlement militaire – et la condamnation – cinq années de réclusion – est éclatante. Mais, surtout, Henri Martin a un profil qui permet à la propagande de se déployer. Il a été un tout jeune maquisard anti-nazi, et cela compte, dans cette France qui sort de la Résistance. Il est un militaire, témoin visuel de ce qu’il dénonce. Il est issu de la France profonde, dans lequel chaque famille peut reconnaître un fils, un frère, un fiancé. Les communistes et leurs alliés utiliseront remarquablement cette corde sensible, tremplin vers des prises de conscience plus globales.

Commence alors, dans toute la France, une campagne intense, d’une variété et d’une amplitude exceptionnelles. « Affaire Dreyfus de la IVe République », comme l’ont affirmé certains ? En tout cas, moment privilégié.

Tous les militants communistes, mais aussi des organisations de masse, comme on disait alors (CGT, Secours populaire, UFF, Mouvement de la Paix…), se mobilisent. Les journalistes sont actifs : Hélène Parmelin, dans L’Humanité, Madeleine Riffaud, dans La Vie Ouvrière, Jean Mérot, dans L’Avant-Garde, décrivent les petits et les grands faits de la campagne : collectes de pétitions, délégations auprès d’élus de tous bords, distributions de tracts par millions, inscriptions à la peinture dans les endroits les plus invraisemblables, débrayages dans les ateliers… L’action prend également des formes beaucoup moins traditionnelles. Une course cycliste Henri Martin est organisée en Seine et Seine-et-Oise. Diverses municipalités communistes procèdent à des inaugurations de rues Henri Martin, des chansons sont écrites et criées à tue-tête dans les manifs… Surtout, des acteurs du Syndicat CGT, dont Paul Préboist, José Valverde, Martin Trévières, Jacques Mignot, Raymond Gerbal, jouent dans toutes les villes de France une pièce de Claude Martin et Henri Delmas, Drame à Toulon, tout à la fois véritable spectacle et meeting politique permanent. Les intellectuels communistes sont « à leur créneau ». Eluard dédie à Henri Martin un de ses poèmes, Picasso, Lurçat, Fernand Léger, Fougeron, font des portraits du jeune marin. La campagne est internationale. Au Festival mondial de Berlin, en 1951, jeunes français et vietnamiens, unis, font acclamer le nom d’Henri Martin aux délégués venus du monde entier. Le grand écrivain vietnamien Nguyen Dinh Thi lui consacre un poème ému.

En cette période de guerre froide, synonyme de clivages politiques forts entre le PCF et la quasi totalité des autres forces politiques, la campagne pour Henri Martin fut par ailleurs un des rares moments où les communistes et leurs compagnons de route habituels brisèrent l’isolement. Jean-Paul Sartre, le premier, s’engagea fortement pour la libération d’Henri, entraînant derrière lui l’équipe des Temps Modernes, mais aussi Michel Leiris, Hervé Bazin, Vercors, Prévert. L’équipe d’Esprit fit également campagne. Des milliers de militants socialistes, voire MRP, des élus non communistes s’engagèrent. Au point que, dans les Mémoires de Vincent Auriol, alors Président de la République, le nom d’Henri Martin est souvent cité, avec quelque agacement.

Et la guerre du Vietnam ? Elle était omniprésente dans les thèmes mis en avant. Henri Martin lui-même, tout au long de son procès, ne parlera que de cela. La presse d’opposition, s’appuyant sur la popularité grandissante du prisonnier, dénonce crescendo la sale guerre, menée contre la liberté d’un peuple, mais aussi contre les intérêts de la nation française, au seul bénéfice de la stratégie américaine de refoulement du communisme.

Finalement, le 2 août 1953 au petit matin, sans qu’un seul membre de sa famille, sans qu’un seul de ses amis ait été prévenu, Henri Martin est libéré.

Trois ans en prison pour la paix du monde, trois ans en prison pour la liberté d’un peuple.

Revenu à la vie civile, Henri Martin reprendra, modestement, à sa place, son activité de militant. Responsable national des Jeunesses communistes, il sera un des plus actifs dans la lutte contre la nouvelle « sale guerre », en Algérie. Puis, devenu membre du Comité central du PCF, il ne baissera jamais la garde, parfois, souvent même, en croisant le fer avec certaines options de son Parti, mais en gardant toujours, ardents, ses engagements internationalistes.

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